Divorce entre Algériens en France : compétence et loi applicable

Vous êtes de nationalité algérienne, vous vivez en France, et vous envisagez un divorce ? La question du juge compétent et de la loi applicable est souvent source de confusion. Voici une synthèse claire et pratique pour comprendre vos droits.
1. Quel juge est compétent pour votre divorce ?
Le juge français (JAF) est en principe compétent
Dès lors que les deux époux résident habituellement en France, le juge aux affaires familiales (JAF) français est compétent. Cette compétence repose sur :
Le juge algérien peut également être compétent
C'est ici que la situation se complexifie. La Convention franco-algérienne du 27 août 1964 et la jurisprudence Simitch (Cass. civ. 1re, 6 févr. 1985) permettent de reconnaître la compétence du juge algérien si :
1. Le litige présente un lien caractérisé avec l'Algérie ; 2. Le choix du juge algérien n'est pas frauduleux.
Point clé : La Cour de cassation a jugé que la nationalité algérienne commune des époux constitue à elle seule un lien caractérisé avec l'Algérie, même si les deux époux sont domiciliés en France. Il n'est donc pas nécessaire que ce lien soit « prépondérant » sur le domicile.
2. Quelle loi s'applique au divorce prononcé en France ?
La réponse dépend de la date d'introduction de la procédure :
Avant le 21 juin 2012 : article 309 du Code civil
Le juge français appliquait la loi de la nationalité commune lorsqu'une loi étrangère se reconnaissait compétente. Pour un couple algérien, le droit algérien était donc souvent applicable.
À partir du 21 juin 2012 : Règlement Rome III
Le Règlement (UE) n° 1259/2010 dit Rome III s'applique désormais. Il offre deux mécanismes :
Choix de loi par les époux (art. 5) : les époux peuvent choisir d'appliquer :
À défaut de choix (art. 8) : la loi est déterminée objectivement. Pour un couple algérien résidant en France, ce sera généralement la loi française (résidence habituelle), sauf application de la nationalité commune dans certains cas.
3. Le divorce prononcé en Algérie sera-t-il reconnu en France ?
Oui, sous conditions. La reconnaissance obéit à la Convention franco-algérienne de 1964 et au droit commun :
Conditions de reconnaissance
Le cas des répudiations unilatérales
Les répudiations prononcées à la seule initiative du mari, sans possibilité pour l'épouse de s'y opposer, sont refusées en France car contraires au principe d'égalité des époux (art. 5 du Protocole n° 7 CEDH). La Cour de cassation refuse systématiquement leur reconnaissance, en particulier lorsque les époux sont domiciliés en France.
Le cas du divorce khol'â
Le divorce par compensation (khol'â), à l'initiative de l'épouse, peut être reconnu en France lorsque :
Questions fréquentes
Mon mari a obtenu un divorce en Algérie sans me prévenir. Ce jugement est-il valable en France ?
Non, en principe. Une répudiation unilatérale obtenue sans que vous ayez pu vous défendre sera très probablement refusée par les tribunaux français, car contraire à l'ordre public et au principe d'égalité des époux.
Peut-on choisir librement le droit français pour notre divorce si nous sommes tous les deux algériens vivant en France ?
Oui, depuis le 21 juin 2012, le Règlement Rome III vous permet de choisir la loi française comme loi applicable à votre divorce, par convention écrite avant ou lors de la procédure.
Si nous saisissons à la fois le juge français et le juge algérien, que se passe-t-il ?
Une situation de litispendance internationale peut se créer. Le juge français peut surseoir à statuer si la décision algérienne à venir est susceptible d'être reconnue en France (compétence indirecte établie, pas de fraude, conformité à l'ordre public).
Cet article est rédigé à titre informatif. Pour une analyse de votre situation personnelle, consultez un avocat spécialisé en droit international de la famille.